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Focus 1, Éclat, festival international du théâtre de rue, In, Aurillac

Prendre le maquis

Pour retrouver joie et présence au monde, le théâtre, depuis le confinement, prend la clé des champs. Annulé, Zone à étendre de la compagnie Demain nous proposait de déserter le monde capitaliste à la façon des ZAD. Massimo Fulan et Claire de Ribaupierre de se mettre au diapason de la vie nocturne sur des chemins forestiers ! Ici, on nous met encore en contact avec la nature.

C’est un beau portrait de femme âgée, in absentia, que nous propose Monique dans les crêtes de la compagnie Belle Pagaille. La téméraire senior s’échappe de l’Ehpad. Après une mobilisation tonitruante orchestrée par Caroline, sa fille surbookée, son neveu Jérémy et son aide à domicile, Mélissa, nous voilà sur ses traces dans les hauteurs d’Aurillac, avec le GPS tracer raptor de Caroline, une épigone de la start-up nation. On découvre peu à peu une tout autre image de la vieille dame éprise de liberté : elle écrit de la poésie « mais tout le monde s’en fout ». Elle s’est sentie blessé qu’on se moque de son désir de faire de l’aviron. On comprend mieux que Monique se soit soustraite aux attentes familiales et ait pris la poudre d’escampette en pleine nature, en bivouac ultra light.

« Monique dans les crêtes », de Belle Pagaille © Stéphanie Ruffier

C’est naïf, mais pas caricatural pour autant. Burlesque parfois, avec le surgissement de joggeurs, d’une livreuse type Deliveroo en plein champ et d’autres personnages des bois. Les vaches assurent l’ambiance sonore. Le public est mis plaisamment à contribution par le trio énergique de comédiens. On suit avec intérêt cette déambulation sur les traces de la parole étouffée des personnes âgées. Le jeu de piste devient de plus en plus sensible, nuancé, jusqu’à la surprise finale. On prend littéralement le large. Superbe théâtre de paysage qui dialogue avec la campagne environnante et sonde les paradoxes de nos relations à nos aînés.

 

Article de Stéphanie Ruffier

Monique sur les crêtes de la Compagnie Belle Pagaille image spectacle
Le spectacle de "Monique sur les crêtes" © Frédérique C. / Bulles de Culture
♥ Critique Aurillac 2022 / « Monique sur les crêtes » de la Compagnie Belle Pagaille
 

Quel mystère ! Au Festival d’Aurillac 2022, la troupe de Valflaunès a donné rendez-vous au public sur un point GPS, avec pour consigne : avoir de bonnes chaussures de marche. Nous voilà un groupe de 50 randonneurs à 10h30 sur les crêtes d’Aurillac, au milieu des prés et au son des cloches de vaches à la recherche de Monique. L’avis et la critique théâtre de Bulles de Culture sur le spectacle coup de cœur Monique sur les crêtes de la Compagnie Belle Pagaille.

 

Synopsis :

Monique, 80 ans a disparu. Son neveu Jérémy (Pierre-Damien Traverso) a lancé un appel sur les réseaux afin de la retrouver. Muni d’une pancarte où le portrait de la disparue s’affiche en grand, il est rejoint par Caroline, la fille de Monique et Jessica son aide à domicile. La consigne est simple, le portable de Monique a borné non loin de là et nous allons mener une battue…

Le postulat de la Compagnie Belle Pagaille a toujours été d’investir des lieux non dédiés au théâtre. Après un salon de coiffure, voilà que cette année, Léa Good, Léa Marchand, Capucine Mandeau, Cécilia Schneider et Pierre-Damien Traverso se lancent le défi d’un spectacle en randonnée avec Monique sur les crêtes.

Tout au long de ce cheminement, c’est le thème crucial de la vieillesse qui est abordé, et avec le sourire. A l’heure où la gestion des EPAHD fait scandale en France, la Compagnie Belle Pagaille choisit de traiter le thème de nos anciens avec beaucoup d’originalité et de finesse.

Trois guides sur les crêtes

Pour Monique sur les crêtes, ils sont trois à nous guider sur les crêtes au Festival International de Théâtre de Rue d’Aurillac, à la recherche de Monique. Chacun symbolise une façon de gérer la vieillesse dans notre société.

Jérémy le neveu cool de Monique est à l’origine de la battue, c’est Pierre-Damien Traverso qui donne les consignes à la foule. Il apprécie sa tante, peut-être aussi pour l’argent qu’elle lui donne…

Caroline, la fille de Monique est hyperactive. Elle est jouée en alternance par Cécilia Schneider et Capucine Mandeau. Son credo : « Quand je veux, je peux ». Très stressée par la disparition de sa mère, elle court et hurle. Cette déambulation sera pour elle un temps de bilan. Quel lien a-t-elle tissé avec sa mère âgée et atteinte de la maladie de Parkinson ?

Caroline est très fière de sa vie de femme active, pilote de multiples projets. Le rouge est sa couleur. Elle a paré au plus pressé et pense avoir toujours agi au mieux pour le bien-être de sa mère. Toute la journée, elle lui téléphone pour lui rappeler de boire de l’eau, elle a même trouvé une aide- ménagère pour l’accompagner.

Là, elle sature ! Et quand son supérieur lui annonce que puisqu’elle est absente, elle vient de perdre son poste, elle craque et promet dans sa rage, épuisée par les recherches, de mettre Monique en Ehpad… si elle la retrouve.

Pour finir, le personnage-clé de ce trio du spectacle Monique sur les crêtes est Mélissa. Elle est jouée en alternance par Léa Good et Léa Marchand. Mélissa représente toutes les aides à domicile des anciens. Comment les rendre heureux au seuil de leur vie ? Tel est son combat.

« Je veux des grandes victoires ! », quitte à conduire à 180 km à l’heure avec Francis ou même fournir un Cheep and dale à Lucienne…

Monique sur les crêtes : une déambulation loufoque et profonde

Telle est la force et la magie du théâtre de rue. En l’occurrence ici, du théâtre de sentiers de
randonnée. La Compagnie Belle Pagaille, grâce à des initiatives astucieuses, plonge le promeneur-spectateur dans une quête commune. Et tout le monde joue le jeu.

Car nous JOUONS tous, comédiens et spectateurs. Et ce jeu est délectable. A chaque étape de la déambulation de Monique sur les crêtes, la surprise est au rendez-vous.

Un portable caché dans un pré, un joggeur survolté qui lui aussi a croisé Monique, un survivaliste qui surgit d’un arbre, déguisé en Cetelem, un livreur Uber Eats en plein bois. Le rire est prétexte à aborder l’avenir de nos vieux.

Nul ne sait si Monique sera au bout du chemin, mais ayez une certitude : l’émotion sera au rendez-vous.

Notre avis ?

Quelle énergie ! La journée commence bien avec cette randonnée-spectacle qu’est Monique sur les crêtes. La foi du groupe de comédiens est communicative. La mise en scène est vive, originale et rythmée. Ils nous emportent dans cette enquête tourbillonnante.

Mais quelle vieillesse voulons-nous vraiment ? Monique détient-elle la clé ?

Ce sont les corps mais surtout les esprits qui cheminent sur ces crêtes. Merci Belle Pagaille ! C’est un spectacle coup de cœur de Bulles de Culture.

En savoir plus :
  • Monique sur les crêtes de la Compagnie Belle Pagaille a eu lieu le 17 août à 16h, le 18 août à 10h30 et à 16h, le 19 août à 10h30, le 20 août à 10h30 et à 16h au Festival d’Aurillac 2022
  • Monique sur les crêtes au Chemins de traverse d’Eurek’Art 2022 le 8 octobre à 16h
  • Durée : 1h30
  • Spectacle à partir de 7 ans
Théâtre de rue: «Monique sur les crêtes», un spectacle qui fait marcher à Aurillac
 
 
Dans le spectacle «Monique sur les crêtes», joué au Festival de théâtre de rue d'Aurillac, les comédiens emmènent les spectateurs à la recherche de Monique, la grand-mère disparue.
Dans le spectacle «Monique sur les crêtes», joué au Festival de théâtre de rue d'Aurillac, les comédiens emmènent les spectateurs à la recherche de Monique, la grand-mère disparue. © RFI/ Marine Salaville

Au Festival de théâtre de rue d’Aurillac, tous les spectacles n’ont pas lieu forcément dans la rue, mais plutôt à l’extérieur. Une compagnie, Belle Pagaille, propose même un spectacle sous forme de randonnée. Avec « Monique sur les crêtes », ils traitent du thème de la vieillesse en pleine immersion dans la nature. Marine Salaville a chaussé ses baskets pour y participer...

 
Les spectateurs/randonneurs de «Monique sur les crêtes» sur les chemins, lors de la 35e édition du Festival de théâtre de rue d'Aurillac.
Les spectateurs/randonneurs de «Monique sur les crêtes» sur les chemins, lors de la 35e édition du Festival de théâtre de rue d'Aurillac. © RFI/ Marine Salaville
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